L’industrie du hardware traverse une période de turbulences où la logique économique semble s’inverser. Alors que la DDR5 s’impose progressivement comme la norme de référence pour nos configurations modernes, un phénomène inattendu vient bousculer le marché : le prix de la mémoire DDR4 augmente désormais à un rythme plus soutenu que celui de sa grande sœur. Pour les passionnés de hardware et la communauté du modding, cette situation impose une remise en question des stratégies d’achat et de mise à jour.
Une hausse tarifaire à contre-courant
Les derniers rapports de marché indiquent une tendance claire : la DDR4, pourtant en fin de cycle de vie, voit ses tarifs s’envoler. Ce phénomène n’est pas dû à un regain soudain de popularité technologique, mais à une raréfaction orchestrée de l’offre. Là où la DDR5 stabilise ses coûts de production grâce à une montée en charge des usines, la DDR4 subit le contrecoup d’un désengagement massif des fondeurs.
Pour un utilisateur cherchant à rafraîchir une configuration existante ou à monter un projet modding à budget maîtrisé, le constat est amer. L’écart de prix entre les deux générations se réduit, non pas par une baisse agressive de la DDR5, mais par une inflation rapide de l’ancien standard.
Les racines de la crise : Une industrie sous tension
Pour comprendre cette envolée des prix, il faut plonger dans les mécanismes complexes qui régissent la production de semi-conducteurs. La « crise de la mémoire » actuelle n’est pas un accident de parcours, mais le résultat d’une mutation structurelle profonde.

L’hégémonie de l’Intelligence Artificielle et de la HBM
Le marché de la DRAM est aujourd’hui dicté par les besoins colossaux des centres de données et de l’IA générative. Les géants du secteur, comme Samsung, SK Hynix et Micron, ont massivement réalloué leurs lignes de production vers la mémoire HBM (High Bandwidth Memory) et la DDR5 haute densité. En sacrifiant les lignes dédiées à la DDR4, les fabricants créent une pénurie mécanique. Ce glissement de capacité laisse le marché grand public avec des stocks limités face à une demande qui, bien que déclinante, reste significative pour le parc informatique mondial installé.
L’oligopole et la gestion des stocks
Le marché mondial de la mémoire est un oligopole où trois acteurs contrôlent plus de 90 % de la production. Cette concentration permet une régulation fine des prix par le contrôle de l’offre. Après une année 2024 marquée par des stocks excédentaires et des prix bas, les fabricants ont drastiquement réduit la voilure pour restaurer leurs marges. Nous subissons aujourd’hui le « cycle du porc » appliqué au silicium : une phase de sous-production volontaire qui fait mécaniquement grimper les prix de détail.
Enjeux pour le Hardware High-End
Pour la communauté de Modding.fr, cette situation modifie radicalement la donne. La DDR4 a longtemps été le refuge des projets au rapport performance-prix imbattable. Aujourd’hui, maintenir ou créer un mod basé sur une plateforme de génération précédente (comme l’AM4 ou le LGA1200) devient un calcul risqué.
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L’obsolescence tarifaire : Acheter de la DDR4 haute performance aujourd’hui revient presque à investir à perte, tant le prix au gigaoctet se rapproche des kits DDR5 d’entrée de gamme.
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Le marché de l’occasion sous pression : Cette hausse du neuf entraîne mécaniquement une remontée des prix sur le marché de la seconde main, rendant les « builds » de récupération moins attractifs.
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Choix esthétiques vs financiers : Les moddeurs, souvent attachés à des kits spécifiques pour leur design ou leur éclairage, pourraient voir certaines références premium disparaître définitivement des rayons ou atteindre des prix prohibitifs.
Perspectives : Vers une transition forcée
L’augmentation rapide du prix de la DDR4 sonne le glas définitif d’une époque. Si la DDR5 continue sa progression en termes de fréquences et de latences, la hausse des prix de l’ancien standard agit comme un accélérateur de transition. Pour les assembleurs, le conseil est désormais limpide : sauf nécessité absolue de maintenance sur un système existant, tout investissement dans de la mémoire vive doit aujourd’hui se porter vers la DDR5 pour garantir la pérennité et la valeur de revente des machines.
Le marché de la mémoire ne reviendra pas en arrière. Entre les impératifs de l’IA et la stratégie de marge des fondeurs, le hardware PC entre dans une ère où la rareté de l’ancien devient plus coûteuse que l’innovation du nouveau.