Un événement le 4 mars, des couleurs inédites et une puce iPhone sous le capot. Apple s’apprête à lancer sa première offensive sérieuse sur le marché des ordinateurs portables abordables.
C’est une rupture stratégique que peu auraient imaginé il y a encore deux ans. Apple, marque synonyme de premium et de marges XXL, s’apprête à s’attaquer frontalement au marché des laptops d’entrée de gamme. Selon plusieurs sources concordantes, dont Mark Gurman, journaliste chez Bloomberg et référence absolue des fuites Apple, la firme de Cupertino organisera un événement baptisé « Special Apple Experience » le 4 mars 2026, à New York, Londres et Shanghai. Au programme : un MacBook low cost, attendu depuis des mois, qui pourrait bien redéfinir les règles du jeu dans ce segment.
Une brèche dans la forteresse Apple
Depuis la transition vers Apple Silicon en 2020, Apple a progressivement imposé ses MacBook Air et MacBook Pro comme les références incontestées du marché premium. Mais cette excellence a un prix : le MacBook Air, entrée de gamme de la gamme Mac portable, débute à 999 dollars. Un tarif rédhibitoire pour des millions d’étudiants, de petites entreprises et d’utilisateurs occasionnels qui se tournent alors vers des Chromebooks ou des PC Windows à moins de 500 euros.
C’est précisément ce vide qu’Apple entend combler. Le nouveau MacBook low cost, dont le nom officiel n’a pas encore filtré, serait commercialisé bien en dessous des 1 000 dollars, avec des estimations allant de 599 à 799 dollars selon les sources. Une fourchette qui placerait l’appareil directement en compétition avec les Chromebooks haut de gamme d’Acer ou Lenovo, et les PC Windows d’entrée de gamme.
A18 Pro : quand l’iPhone prête son cerveau au Mac
Le choix technique le plus surprenant de cet appareil concerne sa puce. Plutôt que d’embarquer un chip de la famille M, la série dédiée aux Mac, Apple aurait opté pour le processeur A18 Pro, le même silicium que celui équipant l’iPhone 16 Pro et l’iPhone 16 Pro Max.

Ce virage n’est pas anodin. Il signale une volonté claire de réduire les coûts en recyclant une puce déjà produite à grande échelle pour l’iPhone, tout en maintenant un niveau de performance jugé suffisant pour cet usage. Et les benchmarks donnent raison à Apple : l’A18 Pro affiche des performances multi-cœurs pratiquement identiques à celles du M1, la puce qui a équipé les premiers MacBook Air de la génération Apple Silicon. En matière de rendu graphique, il le surpasse même légèrement.
Reste une limitation notable : l’A18 Pro ne prend pas en charge Thunderbolt. Le nouveau MacBook devrait donc se contenter de ports USB-C classiques, sans la bande passante ultra-rapide qu’offrent les autres Mac de la gamme. Pour un usage bureautique et multimédia, cela ne posera aucun problème. Pour les créatifs ou les développeurs, le message est clair : ce n’est pas votre machine.
RAM, écran, couleurs : ce que l’on sait (et ce qu’on ignore encore)
Les spécifications complètes restent partiellement inconnues, mais plusieurs détails ont déjà émergé :
Écran : l’appareil embarquerait une dalle LCD inférieure à 13 pouces, légèrement plus compacte que le MacBook Air 13 pouces actuel (13,6 pouces). Un choix délibéré pour réduire les coûts, l’OLED étant réservée aux futures générations pro.
RAM : c’est le point de friction. Des rumeurs évoquent un modèle de base à 8 Go de RAM seulement, là où tous les MacBook Air actuels offrent au minimum 16 Go. Apple ayant confirmé que 16 Go sont nécessaires pour faire tourner Apple Intelligence, cette contrainte soulève des questions sur les capacités IA de l’appareil. Il n’est pas exclu qu’Apple propose une configuration à 16 Go en option payante.
Stockage : aucun chiffre confirmé, mais 256 Go représentent un minimum vraisemblable au regard des standards actuels.
Design : l’appareil disposerait d’un châssis en aluminium, fidèle à l’ADN MacBook, fabriqué via un nouveau procédé de production plus rapide et moins coûteux développé spécifiquement pour ce modèle. Apple ne transige pas sur la qualité perçue.
Couleurs : c’est sans doute l’aspect le plus séduisant. Gurman évoque une palette qui rappelle celle de l’iMac : jaune clair, vert menthe, bleu, rose, argent et gris anthracite. Une stratégie de différenciation assumée, qui rend l’objet désirable sans avoir à rivaliser sur la fiche technique. Le MacBook coloré n’avait plus existé depuis l’iBook G3 de la fin des années 1990.
Une année charnière pour le Mac
Ce MacBook abordable n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus ambitieux. En mars 2026, Apple devrait également annoncer les MacBook Air M5 (13 et 15 pouces) ainsi que les MacBook Pro M5 Pro et M5 Max, des mises à jour de puces attendues de longue date par les professionnels. Plus loin dans l’année, des MacBook Pro redessinés avec écran OLED et puces M6 sont évoqués pour le second semestre ou début 2027.
Pour Apple, l’enjeu est double. D’un côté, fidéliser les utilisateurs qui hésitent entre un iPad avec clavier, la combinaison « pauvre » de l’écosystème Apple, et un vrai ordinateur. De l’autre, récupérer des parts de marché sur un segment, celui des laptops à moins de 800 dollars, qui représente des dizaines de millions d’unités vendues chaque année dans le monde.
Le pari du volume contre la marge
La question qui agite les analystes n’est pas tant de savoir si ce MacBook se vendra, mais à quel point il cannibalisera le MacBook Air. La réponse d’Apple semble être : peu importe, à condition que l’utilisateur reste dans l’écosystème.
Car c’est bien là le cœur de la stratégie. Un étudiant qui achète un MacBook à 699 dollars aujourd’hui sera, dans trois ou quatre ans, un potentiel acheteur de MacBook Pro, d’iPhone haut de gamme, d’AirPods et d’abonnements Apple One. Le low cost comme porte d’entrée vers un écosystème très rentable à long terme : c’est le même modèle qui a fait la fortune du Mac mini et, dans une certaine mesure, de l’Apple Watch SE.
Rendez-vous le 4 mars pour découvrir si Apple tient ses promesses, et quel sera le vrai prix de cette révolution accessible.
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